J’aurais pu appeler ce livre : Expérience d’une soigneuse, le retour. J’ai préféré Splendeur des âmes blessées.

Car ce titre reflète ma réalité quotidienne. Chaque jour, j’entre en résonance avec les blessures profondes de ceux qui viennent chez moi pour recevoir un soin. Notre âme est splendide et éternelle. Mais en chacun de nous gémissent, pleurent ou grondent des parts blessées.

Comme un chirurgien sait réparer l’intime de nos corps, comme un médecin sait redonner la santé, comme un psychologue sait écouter et nous remettre dans le rail du bien aller, mon travail est de soigner. Dans mon approche, c’est l’âme qui me livre ses secrets.

Apaiser ce qui souffre, redonner un sens au chemin, soulager le corps, calmer, adoucir, permettent à notre âme de retrouver sa lumière, celle qui lors d’une séance se met souvent à irradier. À resplendir. Parfois, même, à flamboyer.

Là se révèle la splendeur qui réside en chacun.

 

Splendeur, aussi, comme celle des mondes invisibles. Des êtres lumineux qui nous guident. Comme celle de notre soi divin entr’aperçu ou retrouvé.

Splendeur de notre humanité qui se cherche, se guérit, se libère. Splendeur de tous les jours, des instants de bonheur que l’on vit à regarder le ciel, et à se rappeler. Splendeur d’être en vie sur la Terre, dans un corps de chair qui aime, désire, donne et reçoit dans un mouvement constant, en lien intime avec notre âme, elle-même interface de l’infiniment Grand.

Splendeur des regards, à la fin des séances.

De la paix retrouvée.

Cette splendeur, de tout mon cœur je vous l’offre au travers de mes mots, en émettant le vœu qu’elle s’épanouisse en vous, qu’elle illumine un espace plus magnifique encore, qu’elle déploie les chemins du souvenir de la vôtre, de qui vous êtes vraiment, derrière les innombrables voiles nous maintenant dans la dualité.

De tout mon cœur, je vous l’offre.

(…)

La médecine officielle nous a habitué à penser que les maladies sont dues à un virus, ou à des bactéries. Oui, bien sûr. Mais pourquoi avons nous « attrapé » ce virus, et pas notre voisin ? C’est parce qu’il existe des causes plus profondes, énergétiques, émotionnelles ou spirituelles. Personnelles. C’est là qu’il faut agir : en amont. Traiter le symptôme ne suffit pas. D’ailleurs la médecine est démunie devant certains cas. Elle essaie d’aider ces patients à l’aide de traitements chimiques qui ne fonctionnent pas, et ont bien trop d’effets secondaires délétères. Il en va de même assez souvent dans l’approche de la psychologie traditionnelle : l’éventail n’est pas assez ouvert. Si l’on se prive, en raison de croyances limitantes, de l’accès à une source spirituelle ou à une approche spatio-temporelle différente de celle qui prévaut habituellement, on peut passer à côté de l’origine du mal-être, et tourner en rond pendant longtemps.

C’est en amont, encore une fois, dans cet espace précis d’une connexion avec des facettes de notre être autres que la simple biologie ou le rapport à Papa et Maman, des facettes secrètes, inaccessibles en temps ordinaire, qui nous mettent parfois en lien avec le pur « extraordinaire », que les thérapeutes ayant accès au caché, à l’inconnu, ceux qui laissent les grands soigneurs de l’invisible diriger le soin, peuvent aider.

Car lorsqu’est trouvée l’origine première, qu’elle est mise en lumière, enfin peut s’épanouir l’ouverture à la guérison. Si elle n’est pas immédiate, cet accès à la vérité permettra aux médicaments d’agir bien plus efficacement. Une collaboration entre le médecin et nous s’installera, pour le bien des patients. Collaboration connue, ou pas, du médecin, en fonction de son degré d’ouverture, et donc de ce que le patient osera lui dire.

(…)

Je dois pour commencer souligner une évidence : dans le domaine scientifique, nous admettons très facilement l’existence de dimensions invisibles. Chacun le sait, dans l’octave des couleurs il y a longtemps que la science a dépassé les limites du connu. En-deçà du rouge existe l’infra-rouge ; au-delà du violet vibre l’ultra-violet. La médecine a conçu et fabriqué des instruments pour les utiliser. Elle a découvert il y a des décennies l’existence des rayons X dévoilant l’intérieur de nos corps.

Dans l’échelle des sons nous savons utiliser les infra et les ultra sons (pourtant, au contraire des animaux, nous ne les entendons pas). Nous ne pouvons pas vivre sans radio, télévision, ordinateur, smartphone et tablette ; nombreux sont ceux qui utilisent un four à micro-ondes. Nous sommes très à l’aise avec le fait que nos sens sont limités et que nous ne pouvons pas tout voir, entendre, ni comprendre. Nous reconnaissons bien volontiers que la technologie moderne découvre sans cesse de nouveaux champs du réel, et qu’une infinité d’autres sont inévitablement appelés à se révéler. Bien que ces domaines nous échappent complètement, cet invisible-là ne nous pose aucun problème. Il ne viendrait à l’idée de personne aujourd’hui de traiter les scientifiques de « délirants ».

Curieusement, dans nos sociétés occidentales, il n’en va pas ainsi dans le domaine du vivant. L’éventualité de l’existence d’êtres que nous ne voyons pas et qui pourtant nous seraient supérieurs n’est pas admissible, sauf dans le cadre des religions. Et pourtant… L’être humain, malgré son immense intelligence et l’ouverture de sa conscience, n’est pas l’aboutissement de la création. Dans les plans visibles, oui. Dans l’invisible, il n’en est rien. Il représente seulement un stade, une manifestation de la vie, en chemin vers une évolution que rien ne peut arrêter.

(…)

Rien.

Ne rien faire.

Être. Juste être.

Être là.

Capter la transparence.

Fluidité de l’instant.

Immobilité.

Suspension du temps.

Silence.

Recevoir l’onde qui transperce.

Le cœur s’ouvre.

Le cœur s’ouvre.

Le cœur s’ouvre, si grand.

Lumière.

Flottement.

Liquidité.

Le cœur se déverse.

Bonheur.

Le cœur déverse des flots de fleurs, de petits cœurs, d’étoiles, par brassées, comme un dessin d’enfant.

Amour.

Accueillir l’onde, encore.

Elle sait où aller. Doucement, elle ouvre ce qui était resserré.

Avec sûreté, elle trace son chemin, comme l’eau soudainement afflue dans le lit d’un torrent asséché.

L’eau de vie qui guérit.

L’eau de vie qui sourit.

Force.

Mes mains posées sur une poitrine, un ventre, une tête, des pieds. Je suis là.

Tu peux t’abandonner.

Toi qui pleures en silence, laisse-moi te vider de ta peine.

Toi qui contrôles tout car la souffrance t’as rigidifié, confie–moi ta dureté.

Toi qui as si froid dans ta solitude, laisse-moi te réchauffer.

Toi qui t’es perdu en route, laisse-moi te guider.

Comme un berger, je viens te chercher.

Te ramener.

Je t’accompagne.

En ce moment précis, je te soigne.

Solidité.

Dialogue.

Mon corps et l’onde d’amour.

L’onde d’amour dans ton corps.

Mon être. Le tien.

Mon cœur et ton cœur, apaisé.

Ton corps, apaisé.

Ton être pacifié.

(…)

Il m’aura fallu attendre trente-huit ans.

Si, lorsque j’étais allée le voir, nous avions pu parler de l’essentiel, de Rose, de l’accident, de la mort, de toutes ces choses, il ne lui avait pas été possible d’affronter son mensonge. Ma sœur Claire m’explique à quel point il est important, pour moi mais pour lui également, qu’il le fasse.

L’année d’après, je suis retournée le voir avec Béatrice, ma sœur aînée. Son ex-femme. Il est à présent dans une maison médicalisée. Son état me bouleverse. Je me le rappelle joyeux, en pleine santé.

J’ai essayé de parler. Il a un peu avancé : il me dit que nous sommes tous les deux responsables…

Le temps passe. Un an encore.

Il doit nous libérer.

Tous nous libérer.

Aujourd’hui enfin, après avoir déployé pendant des jours des trésors de patience et de persuasion, Béatrice m’apporte une longue lettre qu’il a mis un mois à écrire.

Une lettre qui tourne en rond, et dans laquelle se succèdent les justifications.

Mais au cœur des cinq pages, en lettres majuscules d’une écriture tremblée, ces mots tant espérés, et qui pourtant provoquent une implosion : « JE TE DEMANDE PARDON ».

(…)

Quand je reçois de « vrais » nouveau-nés, je me régale. Les tenir contre moi et caresser leur tout petit corps tiède me comble. Je suis tellement touchée par ce mélange complexe d’absolue innocence, de vulnérabilité, et de vouloir-vivre pulsionnel.

Par leur impressionnante aspiration à croître et à se développer. Par l’extraordinaire instinct de vie et la dynamique universelle qui leur donnent la même puissance qu’à la plante, à la fleur ou à l’arbre. Par-dessus tout, au-travers de la sagesse que reflète la profondeur de leur regard, par l’inexprimable lien aux plans spirituels qui fait d’eux des êtres nous mettant aisément en union avec le sacré.

J’eus la chance de revivre un jour l’état d’être dans lequel j’étais plongée, au fond de mon berceau.

Je n’étais que bonheur.

Extase, même.

Bonheur d’être.

D’exister.

Dans la présence de l’instant.

Je retrouvai dans ces instants miraculeux ce que nous donne Amma, la sainte indienne, lorsque nous prenant dans ses bras maternels elle nous relie à la rivière d’amour qui coule en elle.

Sensation pure, en osmose avec ce bébé que j’étais, d’être irriguée par un flux d’amour venant des plans de lumière, dont je n’étais absolument pas séparée.

(…)

L’une des toutes premières fois que j’assistais au darshan de Mère Meera, la sainte indienne qui vit en Allemagne, je reçus une bien jolie explication, et c’est une merveilleuse illustration du fait que les Maîtres forment une unité.

Accordée au silence et à la vibration sacrée qui règnent dans la grande salle, je méditais. Malencontreusement, mon mental se mit en action. Des questions montaient, qui tournaient dans ma tête : « Quels sont les liens entre Marie, Amma, ou Mère Meera, ces grandes incarnations et représentations de la mère divine ? Quelles sont les concordances ? Où sont les différences ? Ont-elles chacune un champ d’action spécifique ? » Je me perdais dans des considérations bien humaines de comparaison, de classification, de spécialisation. De séparation. Et gâchais la précieuse et rare qualité de la présence de Mère Meera.

Une voix féminine très claire a résonné dans ma tête : « Nous sommes la même ! » Cet éclaircissement si simple m’a calmée sur le champ. Depuis, je me pose beaucoup moins de questions.

(…)

Toi que je regarde soudain, avec ma compassion qui s’éveille, car mes mains posées sur ta matrice ont perçu une douleur qui m’a alertée.

Toi que je vois, ta longue chevelure sombre flottant sur l’oreiller, ton corps parfait drapé dans la couverture blanche comme une statue antique.

Figé dans une posture crispée.

Désolée.

Tes mains privées de l’essentiel agrippant le matelas.

Ta tête un peu penchée laissant glisser sur ta joue pâle quelques perles de larmes.

Toi que je contemple.

Si belle.

Ton corps, moulé dans cette blancheur.

Image idéale de la femme.

De la mère.

Celle qui avait enfanté.

Qui incarnait l’épanouissement.

Tu es en cet instant l’allégorie de la douleur.

Comment fais-tu pour vivre avec cela ?

Mater dolorosa…

Toi que je comprends si bien.

Ta peine fut ma peine.

Ta peine est ma peine.

Toujours nous devrons vivre avec elle.

Mes larmes se joignent aux tiennes.

Ils disent doucement : « Il y a longtemps, maintenant ».

Mais pour les mères des enfants morts le temps n’existe pas.

L’absence ne cesse jamais.

La douleur nous maintient au présent.

Tapie au plus profond de nous dans un endroit secret, elle nous permet de croire qu’elle a fini par céder. Que tout est apaisé. Qu’il est possible de vivre comme si de rien n’était.

Mais toujours survient le rappel.

Rien ne s’efface jamais.

De ma main s’écoule alors une énergie de miel qui ruisselle dans ton corps dévasté, te remplit, te console.

Quelque chose se passe.

Ta tête se tourne, ton corps reprend son axe.

Tu soupires.

Un demi-sourire éclaire à présent ton visage apaisé.

Je vois ta toute petite flotter juste au-dessus de toi.

Elle est venue te visiter.

Te donner sa douceur.

T’envelopper.

Mots d’amour. Instant de grâce.

Quelques minutes d’un trésor pur.

Ta lumière se révèle.

Toi, la Pietà de tout à l’heure, tu es maintenant la Mère universelle.